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L’Avc : une maladie redoutable

Docteur Yves Hako, « Le meilleur moyen de lutter contre l’AVC c’est la prévention». Le médecin de l’Institut de Cardiologie du Cameroun, Fondation Camerounaise Cœur revient sur les causes et la prévention des accidents vasculaires cérébraux.

Qu’est-ce un accident vasculaire cérébral (Avc)?
Un Accident Vasculaire cérébral (Avc) est une perte soudaine de la fonction cérébrale provoquée par l’interruption de la circulation sanguine à l’intérieur du cerveau (Avc ischémique) ou par la rupture d’un vaisseau sanguin à l’intérieur du cerveau (AvcHémorragique). Cette interruption de la circulation sanguine ou la rupture de vaisseaux sanguins provoque la mort des cellules cérébrales (neurones) de la région affectée.

Quelles sont les causes de cette maladie ?
Il est important de souligner ici le rôle prépondérant des facteurs à risque qui peuvent être modifiables (hypertension artérielle, diabète, obésité, la sédentarité, l’hypercholestérolémie, le tabagisme, l’alcoolisme) et non modifiables (l’âge, le sexe, la génétique) dans le développement et la survenue des AVC. Les causes sont cependant nombreuses et variées et dépendent du type d’AVC concerné : on peut citer entre autre l’hypertension artérielle qui représente la principale cause des AVC, la rupture des malformations vasculaires, la dissection des artères cervicales, les infections (syphilis, tuberculose…), les traitements anticoagulants, les tumeurs cérébrales, l’artériosclérose, les cardiopathies emboligènes, les infarctus lacunaires.
Comment se manifeste-t-elle ?
Il faut déjà commencer ici par donner les signes d’alertes qui constituent les premiers signes de l’AVC : les troubles de l’élocution, la perte d’équilibre, la déviation de la bouche, les troubles visuels, les paroles confuses et l’affaiblissement d’une moitié du corps doivent immédiatement attirer l’attention et indiquer le transport de la personne dans le centre hospitalier le plus proche. Une fois constitué l’AVC peut se manifester par l’accentuation et/ou la persistance des signes sus cités, la perte de conscience totale ou partielle, une paralysie partielle ou totale, une cécité monoculaire, une hémianesthésie, une hémiplégie, les troubles du langage et biens d’autres.

Y’a-t-il un âge spécifique pour être atteint de cette maladie ?
A proprement parlé, on ne peut pas dire qu’il y ait un âge spécifique pour être atteint d’AVC, mais compte tenu que l’AVC est dans la majorité des cas une résultante ou une Complication des facteurs de risques cardiovasculaires tels que l’hypertension artérielle l’obésité, le tabagisme, le diabète, l’AVC survient la plupart du temps chez les adultes. Cependant il faut noter une particularité chez les drépanocytaires qui sont très souvent victime d’AVC, à un âge jeune, très fréquent entre 2 et 10 ans. L’AVC constitue la complication neurologique majeure et gravissime des personnes drépanocytaires et est le plus souvent de type ischémique (75% cas).

Y-a-t-il une couche sociale spécifique qui est davantage exposée à cette maladie ?
Les maladies cardiovasculaires, dites non transmissibles, sont globalement aujourd’hui le fardeau des pays pauvres ou en voie de développement avec des revenus faibles ou moyens mettant ainsi en lumière le rôle du niveau de vie dans le développement des facteurs à risque et la survenue des maladies cardiovasculaires. Mais cependant tout le monde peut être atteint d’AVC sans distinction de classe sociale. Ce qui est important de préciser ici c’est le fait que le profil individuel des individus en fonction de la présence ou non, de l’exposition ou non à un certain nombre facteurs de risque cardiovasculaires peut définir des niveaux de risque plus ou moins élevé de certains personnes par rapport à d’autres de faire un AVC ou un autre évènement cardiovasculaire.

Quelles sont les types d’AVC qu’on peut avoir ?
On distingue deux types d’AVC, les AVC ischémiques (lié à l’interruption de la circulation sanguine à l’intérieur du cerveau) et les AVC hémorragiques (rupture d’un vaisseau sanguin à l’intérieur du cerveau).

Quelles sont les répercussions (conséquences) de l’AVC pour le malade d’une part et d’autre part pour sa famille ?
La mort constitue la complication ultime d’un AVC et son taux demeure d’ailleurs très élevé. Pour ceux-là qui auront survécu à une attaque d’AVC, 1/3 garderont des séquelles et demeureront dépendants à vie, 1/3 garderont des séquelles mais seront autonomes et 1/3 seulement des survivants récupèreront entièrement de leur état initial. Ce qui n’est pas sans conséquence sur la famille et la société. On a la baisse drastique des revenus pour la famille tandis que les charges demeurent inchangées voir augmentées, la vie conjugale se trouve affecté, ce qui se répercute sur l’équilibre et la stabilité de la famille. Etant donné que les personnes les plus affectés constituent la tranche active de la population cela a pour corollaire une diminution de la main d’œuvre et donc une baisse de la productivité ce qui constitue un frein au développement de nos pays. Le coût de prise en charge est très élevé et très difficile à supporter dans un pays à revenu faible ou moyen comme le nôtre et la plupart des pays en voie de développement ; En outre il faut également noter la stigmatisation dont sont victimes les individus atteints des séquelles d’AVC dans la société, et la difficulté de réinsertion socioprofessionnels qui demeurent un problème majeur dans notre société tout en signalant le coup psychologique de cet état de dépendance chez le survivant d’AVC après une perte d’autonomie chez une personnes jadis en pleine possession de ses moyens.

Quelles sont les mesures ptéventives de cette maladie ?
Les AVC comme toutes les autres maladies cardiovasculaires sont des pathologies non transmissibles, chroniques d’évolution lente et insidieuse résultant pour la plupart d’un certains nombres de facteurs risque. La prévention des AVC repose donc essentiellement dans la lutte contre les différents facteurs de risques cardiovasculaires modifiables tels que l’hypertension artérielle, le surpoids/obésité, l’hypercholestérolémie, le tabagisme, le diabète par l’adoption d’une hygiène de vie saine. Il s’agit entre autre : d’une faible consommation de sel, d’une alimentation riche en fruits et légumes, de l’arrêt total du tabagisme, d’une consommation modéré de sucre, des graisses et de l’alcool, de la pratique d’une activité physique et sportive adaptée et régulière. Et par ailleurs par un dépistage précoce de ces différents facteurs de risque.

Avez-vous un dernier conseil à donner à ceux qui sont atteints de cette maladie ? Et quand est-il de ceux qui ne sont pas encore atteints ?
J’invite toutes les personnes qui ont été victime d’AVC à suivre scrupuleusement leur traitement et les conseils de leur médecin afin d’éviter des récidives, et à ceux-là qui n’ont pas été victime d’AVC, Je leur recommande une hygiène de vie saine et un dépistage précoce et régulier des différents facteurs de risque cardiovasculaires compte tenu de l’évolution lente et insidieuse des maladies cardiovasculaires. Le meilleur moyen de lutter contre cette maladie dévastatrice demeure la prévention.
Entretien réalisé
par Yollande Mingue