Services publics: L’usage du français et de l’anglais est désormais obligatoire

La Commission Nationale pour la Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme créée le 23 janvier 2017 par décret présidentiel rend obligatoire l’usage des deux langues nationales.

Le Président de la République Paul Biya a signé le 23 janvier 2017 un décret portant création de la Commission Nationale pour la Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme (Cnpbm). Cette commission est composée de 15 membres nommés par le Président de la République. Elle est «un organe consultatif, doté de la personnalité morale et de l’autonomie financière», et est placée sous l’autorité du Président de la République.
La Commission a pour mission, de façon plus formelle, l’institutionnalisation du bilinguisme dans les administrations publiques, parapubliques et autres organismes assimilés. Ainsi, la Commission est principalement chargée, entre autres, «d’assurer le suivi de la mise en œuvre des dispositions constitutionnelles faisant de l’anglais et du français deux langues officielles d’égale valeur, et notamment leur usage dans tous les services publics, les organismes parapublics ainsi que dans tous les organismes recevant les subventions de l’État, de vulgariser la réglementation sur le bilinguisme, le multiculturalisme et le vivre ensemble», précise le texte.
Il s’agit en quelque sorte de poser à l’échelle nationale les bases d’un vrai bilinguisme. «La commission est chargée d’œuvrer à la promotion du bilinguisme, du multiculturalisme au Cameroun, dans l’optique de maintenir la paix, de consolider l’unité nationale du pays et de renforcer la volonté et la pratique quotidienne du vivre ensemble de ses populations», peut-on lire sur l’article 3 du décret. La Commission se voit également attribuer le rôle de gendarme du bilinguisme, puisqu’elle devra en outre « recevoir toute requête dénonçant les discriminations fondées sur l’irrespect des dispositions constitutionnelles relatives au bilinguisme et au multiculturalisme et en rendre compte au président de la République».
Ce qui constituerait une avancée remarquable vers la résolution du problème de marginalisation des anglophones au Cameroun. «Le président de la République montre à travers cet acte, sa disposition à consolider le vivre ensemble des Camerounais des zones anglophone et francophone du pays et à préserver les acquis du multiculturalisme qui est une identité que bon nombre de pays envient au Cameroun».
Entretemps, La famille Muna monte au créneau. Alors que la crise sociopolitique continuait de battre son plein dans les régions anglophones, où internet avait été coupé à la mi-janvier, au sein du gouvernement, durs et modérés s’affrontaient à fleurets mouchetés sur la réforme en cours du code civil. Jean Foumane Akame, l’influent conseiller juridique de Paul Biya, s’oppose à Laurent Esso, le ministre de la Justice, qui veut fondre des éléments du droit anglophone dans ce texte.
Une idée qui heurte les avocats anglophones, dont l’une des revendications est la meilleure application de la Common Law dans les cours et tribunaux camerounais. Le président Biya devra trancher. Pour l’heure, les « faucons » ont eu gain de cause en faisant interdire, le 17 janvier, le Southern Cameroon National Council (Scnc) et le consortium réunissant les avocats et les enseignants grévistes, au motif que ceux-ci exigeaient respectivement indépendance et fédéralisme.
Le Consortium de la société civile, en grève dans les régions anglophones, a engagé le cabinet Muna, Muna and Associates pour défendre ses membres arrêtés le 17 janvier et conduits au secrétariat d’État à la Défense de Yaoundé. L’ancien bâtonnier et homme politique Bernard Muna, qui fut un influent conseiller de John Fru Ndi, se démène pour qu’ils soient libérés, tandis que son frère, Akéré Muna, s’emploie sur le plan diplomatique à éviter l’escalade.
Le 19 janvier, on l’a vu en tête-à-tête au cours d’un déjeuner avec l’ambassadeur des États-Unis, avant de s’envoler dans la soirée pour Londres via Paris. Les propositions du fils de Salomon Tandeng Muna, qui fut vice-président de la République Fédérale du Cameroun et l’un des artisans anglophones de la réunification, s’inspireraient de la méthode canadienne vis-à-vis du Québec.
Affaire à suivre…

Darios Kamgaing